Comment les poulpes changent de couleur ?

A force de regarder des documentaires animaliers sur ces DOUZE TRUCS INCROYABLES QUE VOUS NE CROIREZ PAS DANS LE MONDE ANIMAL, j’en suis venue à me poser cette bête question. Effectivement, les poulpes se camouflent et changent de couleur de manière vraiment impressionnante. Mais comment font-ils ? Qu’est-ce qui permet à leur peau de changer si vite de couleur ? Est-ce qu’on pourrait en faire autant ?

Avant de vous expliquer dans les détails, une petite précision : les poulpes ne sont pas les seuls à changer la couleur de leur peau. C’est une caractéristique que partagent les céphalopodes (pieuvre, calmar, etc) ainsi que les caméléons. Mais ceux qui ont le plus amélioré cette capacité, ce sont les poulpes, donc on parlera surtout d’eux.

Ah et pour info, poulpe et pieuvre désignent le même animal.

Juste une question de perception

Je ne vais pas vous surprendre en vous annonçant que ce n’est pas magique.. En revanche, vous apprendre que les poulpes ne changent pas vraiment de couleur, c’est déjà un peu plus surprenant. En réalité, selon leur espèce, les poulpes ont des motifs et des couleurs prédéfinis. Tous les poulpes ne peuvent pas être roses ou dessiner des coeurs sur leur peau (et niveau survie ce dernier point serait bien inutile). Les couleurs et les motifs viennent de petites cellules sous la peau du poulpe qui se séparent en trois types : les chromatophores, les iridophores et les leucophores.

Les chromatophores

Si vous aviez une pieuvre sous la main et que vous regardiez sa peau de très très près, vous verriez des milliers de petits points colorés qui bougent tout le temps. Comme là par exemple :

Le chromatophore est une cellule pigmentaire entourée de muscles. Lorsque les muscles se contractent alors la cellule se dilate et la tâche colorée qu’elle produit apparait plus grande sur la peau. Au contraire, lorsque les muscles se dilatent, ils repoussent les parois de la cellule qui se rétracte et laisse apparaître moins de pigment à la surface. Donc, étant donné que la peau de l’animal est claire, si on dilate le sac pigmentaire de la cellule, la couleur sera plus claire, mais mieux visible de loin. Et en mélangeant toutes ces cellules, en leur donnant des tailles différents, on peut modifier la couleur à un endroit précis de la peau. Parce que oui, il y a plusieurs chromatophores sous la peau, il y en a même beaucoup ! Environ 70 chez un nouveau né de 3 millimètres et jusqu’à 2 millions chez un poulpe adulte. Et elles ne sont pas 2 millions mises côte-à-côte (une cellule c’est petit mais pas à ce point-là !), elles sont généralement superposées en 4 ou 5 couches de cellules, permettant des combinaisons de 5 à 6 couleurs au même endroit si on compte la couleur de la peau sans chromatophore.

Vous comprenez maintenant pourquoi un poulpe ne peut pas être de n’importe quelle couleur : il peut simplement changer les associations de couleurs, mais pas les couleurs elles-mêmes puisqu’elles sont déterminées par les pigments présents dans les chromatophores. Mais celles-ci peuvent changer en focntion de l’emplacement sur la peau du poulpe !

Les iridophores

Ceux-là ont un nom compliqué, mais vous allez vite comprendre ce dont on parle.. Si vous avez déjà vu un poisson dans votre vie (et c’est forcément le cas, sinon regardez au moins un documentaire !), vous avez dû remarquer que leurs écailles ont des reflets verts-bleus quand on les met à la lumière. Et c’est là qu’on dit tous en choeur « merci les iridophores ! » Ce sont d’autres cellules pigmentaires cette fois-ci composées de guanine (un composé azoté, le G des ATCG de l’ADN) cristallisée. Au repos, elles reflètent des petites longueurs d’onde (bleu et vert) mais le corps peut les « exciter » en les séparant, décalant les longueurs d’onde reflétées. Ce phénomène est peu voire pas présent chez les poulpes mais explique les changements de couleur du caméléon qui est naturellement bleu, vert mais peut passer au jaune ou rouge pour intimider un rival ou séduire une gente dame. Pour plus de détails, je vous laisse aller voir l’article de Pour la Science dans les sources, qui explique mieux le rôle des iridophores.

Mais vous voyez bien grâce à la vidéo que c’est très lent comparé à la pieuvre, justement parce que cette dernière utilise les chromatophores pour changer de couleur et non pas les iridophores qui sont plus longs à « manoeuvrer ».

Les leucophores

Je ne vais vraiment pas détailler ceux-là car on commence à être dans de la biologie très poussée (et je préfère ne rien dire que de dire des bêtises). Globalement, les leucophores sont semblables aux iridophores mais ils reflètent une lumière blanche et non pas colorée grâce à la purine (un autre composé azoté) cristallisée qui les compose. Et c’est tout ce que je peux dire de manière certaine donc si vous voulez en savoir plus, je vous invite cette fois à aller voir le lien Aquaportail (leucophore) dans les Sources !

En résumé :

Les pieuvres peuvent changer de couleur et de motif grâce à trois types de cellules : les chromatophores, les iridophores et les leucophores. Ces deux derniers sont peu actifs chez le poulpe car ils permettent surtout de modifier les reflets sur la peau de l’animal. Les chromatophores en revanche sont très utiles. Chaque chromatophore est rempli de pigments dont la couleur est définie par l’espèce et l’environnement (en tout cas, c’est ce qu’on pense pour l’instant). Le poulpe peut alors dilater et contracter ces cellules pour faire plus ou moins apparaitre la couleur des pigments et jouer avec les 4 à 5 couches superposées de chromatophores (qui peuvent être de couleurs différentes). Et leur rapidité d’exécution est due aux muscles qui tiennent les chromatophores : bouger un doigt peut être très rapide grâce à nos muslces réactifs, hé bien c’est pareil pour les chromatophores.

Avant de vous laisser respirer de ce LOOOOOONG article, il y a encore une question à laquelle je n’ai pas répondu : et nous ? Nous, pauvres humains, n’avons que de la mélanine qui est une macromolécule, et non pas une cellule à part entière.. Mais peut-être que ce sera le sujet d’un autre article, qui sait ?..

Sources :

Crédits image : Slate